Au cours de l'année qui a suivi la quatrième réunion de haut niveau sur les MNT et la santé mentale, la communauté mondiale des MNT s'est, à juste titre, concentrée sur la manière dont les gouvernements tiennent les engagements pris dans la déclaration politique. Alors que se poursuivent les débats sur l’avenir de l’architecture de la santé mondiale et que l’aide publique au développement est en baisse, les gouvernements sont confrontés à un fardeau croissant lié aux MNT, tout en subissant des restrictions budgétaires sans précédent dans le domaine de la santé publique.

La plupart des personnes qui lisent ces lignes savent à quel point les taxes sur la santé (prélevées sur le tabac, l’alcool et les boissons sucrées) peuvent constituer un outil essentiel. Elles offrent un « triple bénéfice » : elles réduisent les consommations nocives, génèrent des recettes pour les gouvernements et allègent la pression sur les systèmes de santé. Malgré cela, la mise en œuvre de ces taxes reste inégale à l’échelle mondiale.

Le programme international de prévention du cancer de Cancer Research UK a soutenu la réforme de la fiscalité du tabac dans de nombreux pays ces dernières années. Mais nos partenaires ont souvent constaté que lorsqu’il s’agit de plaider en faveur des taxes sanitaires, il ne suffit pas de présenter des données convaincantes sur leur impact potentiel. Le chemin vers la réforme fiscale n’est pas seulement technocratique ; il est politique. Si l’on ne sait pas naviguer avec prudence dans les dynamiques politiques nationales, même les politiques fiscales en matière de santé les mieux conçues risquent d’être bloquées, de s’effriter ou d’être annulées sous la pression intense des industries nuisibles à la santé.

Afin de mieux comprendre ces réalités politiques, nous avons récemment commandé une analyse comparative d’économie politique menée par Kivu International au Kenya, en Ouganda, en Tanzanie et en Zambie. Ces pays présentent tous des caractéristiques politiques propres, avec des niveaux d’engagement variables en matière de taxes sur la santé. Mais quel que soit le contexte, les décideurs politiques devraient se poser une série de questions claires :

  • Les avantages budgétaires des taxes sur la santé sont-ils suffisamment clairs ? Les ministères des Finances exercent généralement une influence politique plus importante que les ministères de la Santé. Il est important que les décideurs politiques en matière de santé présentent les taxes sur la santé comme des instruments concrets permettant de renforcer la mobilisation des ressources nationales, d’améliorer la résilience budgétaire et de soutenir les priorités nationales de développement, plutôt que de les traiter comme une initiative de santé publique isolée.
  • Avez-vous pris en compte les dynamiques propres à chaque produit ? Il n’est parfois pas avantageux de tenter de réformer simultanément les taxes sur le tabac, l’alcool et les boissons sucrées. Une analyse politico-économique peut aider les décideurs à identifier les réformes les plus réalisables sur le plan politique, et à les séquencer de manière à maximiser leurs chances de succès.
  • Le moment est-il opportun au sein du cycle politique ? Les élections, les crises budgétaires et les négociations budgétaires influencent toutes la possibilité de mener une réforme. Comprendre ces cycles politiques permet aux décideurs politiques d’enchaîner les réformes plus efficacement, en profitant des périodes politiques plus calmes pour rassembler des données, renforcer le consensus et préparer la législation.
  • Existe-t-il une coalition solide en faveur de la réforme ? Pour qu’une réforme politique soit durable, elle doit bénéficier d’un large consensus et d’une forte demande de la part du public. Ancrer la réforme au sein de coalitions nationales la rend plus résistante aux changements électoraux et aux pressions du secteur privé. Les décideurs politiques doivent défendre publiquement la réforme au-delà du cadre gouvernemental et éviter d’exclure la société civile du processus de réforme politique.
  • Le public comprend-il les avantages des taxes sur la santé ? Lorsque les hausses d’impôts sont clairement liées aux priorités nationales en matière de santé (par exemple, les taxes sur la santé aux Philippines finançant des initiatives de couverture sanitaire universelle), elles bénéficient d’un soutien bien plus large de la part du public. Trop souvent cependant, les taxes sur la santé peuvent générer des recettes pour un gouvernement sans entraîner d’augmentation consécutive du budget de la santé. Les décideurs politiques devraient inscrire l'allocation des recettes dans la législation relative aux taxes de santé, et présenter cela comme un moyen de renforcer l’argumentaire politique en faveur de la réforme de ces taxes.

Si les gouvernements veulent faire preuve d’un leadership à long terme  contre les MNT, il est essentiel d’étendre les taxes sur la santé. Mais pour que cette réforme soit durable, il est crucial de comprendre et de relever les défis politiques, ainsi que de soutenir l’engagement de la société civile dans le processus de réforme. À l’approche du dialogue de Manille sur le financement de la lutte contre les MNT, qui a été reporté, nous exhortons tant les décideurs politiques que les défenseurs à s’engager à élaborer les stratégies politiques qui feront des taxes de santé une réalité durable.

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George Hayes

George Hayes est manager des partenariats internationaux et du plaidoyer chez Cancer Research UK. Il possède plus d’une décennie d’expérience dans des fonctions allant du plaidoyer et de l’engagement politique à la gestion de programmes et à la communication, tant dans le domaine des MNT que dans celui de la santé et des droits sexuels et reproductifs. George est titulaire d’un master en droits de l’homme de l’University College London.