Lorsque l'espace aérien au-dessus du Moyen-Orient a commencé à se fermer en début d'année en raison du conflit en cours, ma première pensée est allée aux patients atteints de diabète.

En tant que directrice des programmes internationaux de l’ONG Direct Relief, j’ai vu à maintes reprises les conflits couper l’accès à l’insuline et à d’autres médicaments nécessitant une chaîne du froid, à mesure que les chaînes d’approvisionnement s’effondraient et que la logistique devenait imprévisible. Si pratiquement toutes les pathologies rendent les patients plus vulnérables à l’instabilité, les patients atteints de maladies non transmissibles — et en particulier ceux qui ont besoin d’un accès régulier à des médicaments spécialisés — courent un risque mortel.

Presque immédiatement, un partenaire libanais, le Centre de soins chroniques de Baabda, près de Beyrouth, nous a contactés. Membre associé de la Fédération internationale du diabète et partenaire de longue date de Direct Relief, ce centre espérait que nous pourrions fournir suffisamment d’insuline analogue à action rapide pour prendre en charge les 1200 enfants et adolescents qui comptent sur eux pour leurs soins du diabète.

Michele Abi Saad, directrice générale du centre, a raconté que les membres du personnel se rendaient au travail alors même qu’ils pouvaient entendre et sentir les frappes aériennes à proximité. Ils ont pris en charge des familles déplacées, en fournissant de plus petites quantités d’insuline et en renouvelant plus fréquemment les ordonnances aux patients vivant dans des abris dépourvus de réfrigération fiable.

La longue expérience de Michele en matière d’intervention d’urgence lui a appris à constituer rapidement des stocks et à se préparer à des perturbations à long terme.

« C’est pourquoi j’ai tenu dès le début, dès le premier jour, à contacter nos fournisseurs pour m’assurer d’avoir tout le nécessaire et à joindre nos partenaires », a-t-elle déclaré à Direct Relief.

Michele a pu fournir des données précises sur la répartition et la consommation. Nous avons calculé que 5700 boîtes d’insuline analogue à action rapide permettraient de prendre en charge ces 1200 jeunes patients pendant six mois. Pour acheminer en toute sécurité une cargaison d’une telle ampleur jusqu’au Centre de soins chroniques, il a fallu coordonner une chaîne d’approvisionnement à toute épreuve, garantissant qu’aucun de ces précieux médicaments ne soit gaspillé, et trouver des donateurs pour financer son transport à bord d’un vol commercial exceptionnel à destination du Liban.

Le conflit avait mis à rude épreuve les voies d’acheminement dans toute la région, réduisant considérablement le nombre de vols cargo commerciaux et faisant flamber les coûts du transport. Nous étions convaincus de pouvoir coordonner la logistique de la chaîne du froid et trouver une solution par voie aérienne, mais nous avions besoin d’un soutien supplémentaire pour y parvenir.

Et la chance nous a souri. Un donateur de longue date a non seulement fourni l’insuline que nous expédions, mais a également généreusement proposé de financer son transport vers le Liban. Nous avons ainsi pu livrer ce médicament malgré les difficultés, et ce, dans les meilleurs délais.

Pour moi, cette histoire illustre deux vérités incontournables concernant l’action humanitaire : premièrement, être digne de confiance signifie tenir ses engagements. C’est un idéal simple, mais sa mise en pratique est complexe, surtout à une époque où les catastrophes et les conflits se multiplient, où les besoins sont immenses et où les ressources mondiales sont tendues.

Deuxièmement, ce travail consiste à écouter et à soutenir les autres. Lorsque Michele a décrit ces endocrinologues, travailleurs sociaux et diététiciens qui se rendaient au travail alors que des explosions secouaient leurs quartiers, leur dévouement envers leurs patients et leur mission était évident. Ils étaient déjà mobilisés, constituaient déjà des partenaires de confiance et faisaient déjà partie intégrante de la communauté locale. Ils avaient simplement besoin des médicaments qui rendaient leur travail possible.

Le rôle de Direct Relief était de s’assurer qu’ils en disposaient.

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Kelsey Grodzovsky

Kelsey Grodzovsky est une experte en opérations et logistique des chaînes d'approvisionnement humanitaires. Elle est titulaire d'un master en santé publique de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, avec une spécialisation en santé mondiale et aide humanitaire.

En tant que directrice des programmes internationaux chez Direct Relief, Kelsey est spécialisée dans les partenariats avec des prestataires de soins de santé et des organisations afin de fournir des médicaments essentiels et de l'aide médicale aux communautés vulnérables dans 95 pays.